{"id":180,"date":"2009-02-21T17:47:44","date_gmt":"2009-02-21T16:47:44","guid":{"rendered":"http:\/\/tituscapulet.org\/weblog\/?p=180"},"modified":"2014-11-12T20:11:00","modified_gmt":"2014-11-12T19:11:00","slug":"speedwriting-le-retour-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/tituscapulet.org\/blog\/speedwriting-le-retour-4\/","title":{"rendered":"Speedwriting #4 &#8211; Hypocrisie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Premier \u00e9pisode de la saga des Speedwriting en cette ann\u00e9e 2009.<\/p>\n<p><center>*******************************************<\/center><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce dimanche, X n&rsquo;a pas envie de sortir de chez lui. Non pas qu&rsquo;il soit trop fatigu\u00e9 apr\u00e8s une semaine \u00e9puisante, puisque le travail ne fut pas sp\u00e9cialement prenant ces derniers jours. Non pas qu&rsquo;il fasse trop mauvais, puisqu&rsquo;il y a dehors un soleil magnifique, signe que le printemps s&rsquo;est install\u00e9 pour de bon. Non pas qu&rsquo;il se soit couch\u00e9 trop tard ce samedi soir, puisqu&rsquo;il est rest\u00e9 bien sagement dans son appartement \u00e0 lire un bouquin et \u00e0 se perdre dans les m\u00e9andres du web comme il aime \u00e0 le faire bien souvent. X n&rsquo;a juste pas envie de sortir de chez lui aujourd&rsquo;hui, alors pourquoi le ferait-t-il ? Est-ce si \u00e9trange que \u00e7a de rester chez soi par un dimanche ensoleill\u00e9 ? Certainement pas, X en est persuad\u00e9. Par contre, ce qui est plus inqui\u00e9tant, c&rsquo;est le fait que X se pose d\u00e9sormais ce genre de questions. Ce dernier est bien connu de sa famille ainsi que de ses amis pour penser plus que de raison. A trop vouloir rationaliser les \u00e9v\u00e9nements, des plus importants aux plus insignifiants, on n&rsquo;en sort strictement rien, si ce n&rsquo;est ce sentiment de frustration qui nous accompagne faute d&rsquo;avoir obtenue les r\u00e9ponses que l&rsquo;on souhaitait. Mais qu&rsquo;est-ce que X souhaite au juste en se tourmentant de la sorte, pos\u00e9 \u00e0 son bureau, prostr\u00e9, le regard perdu sur une mappemonde qui commence \u00e0 faire son \u00e2ge ? X voudrait simplement se rassurer, trouver une justification \u00e0 sa suppos\u00e9e \u00ab\u00a0paresse\u00a0\u00bb. Pourtant, en d\u00e9pit de toutes ses analyses, la seule explication qui tienne est simplement qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien d&rsquo;anormal \u00e0 rester chez soi. Autrement dit, autant tirer sur une mouche avec un bazooka si c&rsquo;est pour aboutir \u00e0 ce type de r\u00e9ponses. Finalement, apr\u00e8s avoir fait un tour sur le net, regard\u00e9 ses mails, et tra\u00een\u00e9 sur Facebook, X se replonge dans la passionnante histoire qu&rsquo;il avait laiss\u00e9 en plan quelques heures plus t\u00f4t.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les semaines passent, et tout va pour le mieux dans la vie de X. S&rsquo;il est une chose que X ex\u00e8cre plus que tout, c&rsquo;est la routine. Certes, il sait bien que pour le moment, il ne peut \u00e9chapper \u00e0 cette derni\u00e8re, surtout due \u00e0 son travail, mais il n&rsquo;a pas trop \u00e0 se plaindre. Ce n&rsquo;est pas tant son travail, plut\u00f4t plaisant et vari\u00e9, que l&rsquo;aspect r\u00e9p\u00e9titif des lev\u00e9es au chant du coq et des batailles de klaxon et des bousculades qui lui p\u00e8sent, et qui reviennent inlassablement \u00e0 la charge, chaque matin et chaque d\u00e9but de soir\u00e9e, quel que soit le jour de la semaine. M\u00eame les p\u00e9riodes de vacances scolaires ne sont plus synonymes d&rsquo;une l\u00e9g\u00e8re accalmie comme cela semblait \u00eatre le cas si l&rsquo;on remonte quelques ann\u00e9es en arri\u00e8re, du moins si l&rsquo;on en cro\u00eet les coll\u00e8gues de X, les vieux sages comme il se pla\u00eet \u00e0 les appeler, non sans une certaine ironie. Mais X va bien. Son humeur, fortement accord\u00e9 sur les saisons, est excellente. Rien de tel que la venue du printemps pour le revigorer. Dynamique comme jamais, X peut s&rsquo;investir davantage dans les activit\u00e9s qu&rsquo;il s&rsquo;accorde apr\u00e8s le boulot. Lundi soir et jeudi soir, c&rsquo;est volley. Mercredi soir, c&rsquo;est libre, autrement dit, g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9serv\u00e9 aux petites bouffes ou aux sorties entre potes selon les cas. Enfin, mardi soir et vendredi soir, c&rsquo;est s\u00e9ances de solf\u00e8ges. C&rsquo;est sans conteste l&rsquo;activit\u00e9 dont X est le plus fier. Sa famille n&rsquo;a jamais pratiqu\u00e9 la musique, et par cons\u00e9quent, petit, X n&rsquo;a jamais jou\u00e9 d&rsquo;un instrument, si ce n&rsquo;est la sacro-sainte fl\u00fbte impos\u00e9e durant les 4 ann\u00e9es de coll\u00e8ge. Il n&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;ailleurs pas mauvais lorsqu&rsquo;il se pr\u00eatait \u00e0 cet exercice, mais il regrette de n&rsquo;avoir pas os\u00e9 aller plus loin \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Il consid\u00e9rait avec un certain d\u00e9dain non d\u00e9nu\u00e9 de jalousie les apprentis rockeurs qui fleurissaient au lyc\u00e9e. Au fond de lui, il aurait voulu faire comme eux, mais ne s&rsquo;en \u00e9tait-il jamais donn\u00e9 les moyens ? X ne conna\u00eet que trop bien la r\u00e9ponse \u00e0 cette question. Alors il prend dor\u00e9navant le taureau par les cornes. Son boulot lui pla\u00eet et paye plut\u00f4t bien, sa semaine est bien remplie et truff\u00e9e d&rsquo;activit\u00e9s extra-professionnelles, et m\u00eame s&rsquo;il ne s&rsquo;en vante pas, il sait que ses amis et ses connaissances sont au courant. Au final, seuls ses week-ends font p\u00e2les figures et paraissent bien vides. Le seul b\u00e9mol dans une vie bien remplie. X n&rsquo;arr\u00eate d\u00e9sormais plus de se persuader que ce n&rsquo;est pas le cas, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas oblig\u00e9 de s&rsquo;abreuver d&rsquo;activit\u00e9s dites \u00ab\u00a0sociales\u00a0\u00bb pour passer une bonne fin de semaine. Ainsi, m\u00eame si personne parmi ses proches ne lui en a jamais souffl\u00e9 mot et ne lui a jamais fait de remontrance \u00e0 propos de ces week-ends peu divertissants, X commence \u00e0 imaginer des choses qu&rsquo;il aurait pu faire, et qui para\u00eetrait bien aux yeux de son cercle social. Il suffit de peu de choses pour transformer sa fin de semaine en une somme d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements palpitants. La m\u00e9thode privil\u00e9gi\u00e9e par X, c&rsquo;est celle qui consiste \u00e0 inscrire un petit mot sur son profil sur Facebook, de mani\u00e8re \u00e0 ce que ses amis, et ses connaissances, comprennent bien que X est heureux, ext\u00e9nu\u00e9 m\u00eame, la faute \u00e0 un week-end un peu trop actif. Au fond de lui, X se pose alors une nouvelle question. Pourquoi mentir ? Pourquoi s&rsquo;inventer \u00ab\u00a0une vie\u00a0\u00bb, m\u00eame si ce n&rsquo;est que pour deux jours ? Tant de questions qui commencent \u00e0 le fatiguer. Son entourage a raison, qu&rsquo;il arr\u00eate avec ses d\u00e9bats m\u00e9taphysiques, ses crises existentielles, et qu&rsquo;il se laisse vivre. Ce n&rsquo;est pas un drame de mentir, pour la \u00ab\u00a0bonne cause\u00a0\u00bb. \u00c7a ne vaut pas le coup de culpabiliser pour si peu. Et puis apr\u00e8s tout, X en est persuad\u00e9, les autres en font autant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fin d&rsquo;ann\u00e9e arrive et l&rsquo;\u00e9t\u00e9 s&rsquo;annonce radieux, apr\u00e8s un mois de juin aux temp\u00e9ratures d\u00e9j\u00e0 caniculaires qui a vu fleurir la course aux climatisations et autres brumisateurs. X tente autant que faire se peut de rafra\u00eechir son appartement, situ\u00e9 au dernier \u00e9tage d&rsquo;un parterre d&rsquo;immeubles flambants neufs. S&rsquo;il a choisi de s&rsquo;installer au cinqui\u00e8me, c&rsquo;est pour \u00e9viter les d\u00e9bordements de voisins un peu trop bruyants, malheureuse exp\u00e9rience qu&rsquo;il a connu \u00e0 la toute fin de ses \u00e9tudes. En d\u00e9pit d&rsquo;une chaleur et d&rsquo;une moiteur extr\u00eame, sans doute sup\u00e9rieures \u00e0 celles des voisins d&rsquo;en dessous, X ne regrette pas son choix. Ou du moins, tente-t-il une nouvelle fois de se convaincre. Son logement est un havre de paix toute l&rsquo;ann\u00e9e, en dehors de ce type de ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9t\u00e9orologiques extr\u00eames. De plus, X est jeune et vigoureux, et la chaleur ne l&rsquo;incommode pas plus que \u00e7a, au contraire, elle sied justement \u00e0 son humeur. Humeur qu&rsquo;il a pourtant paradoxalement en baisse ces temps-ci. X se doutait bien que quelque chose n&rsquo;allait pas ces derni\u00e8res semaines. La faute \u00e0 cette maudite fin d&rsquo;ann\u00e9e qui le prive de ses activit\u00e9s pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es. Le club de volley et les comp\u00e9titions ne reprendront pas avant la fin du mois de septembre. Ses cours de musiques s&rsquo;ach\u00e8vent aussi \u00e0 un bien mauvais moment, alors qu&rsquo;il progressait notablement. Certes, X vient de faire l&rsquo;achat d&rsquo;un piano, mais ses connaissances et son talent seront s\u00fbrement peu \u00e0 m\u00eame de tirer les meilleurs sons de l&rsquo;instrument. Enfin, un certain nombre de ses amis partent d\u00e9j\u00e0 en vacances, \u00e0 la mer, \u00e0 la montagne, en h\u00f4tel ou en camping. X va devoir attendre le mois d&rsquo;ao\u00fbt pour faire une pause. En outre, la plupart des amis de X sont en couple et partent en couple ou entre couples. Lui, c\u00e9libataire plus ou moins volontaire, conna\u00eet quelques relations rapides, mais rien de bien s\u00e9rieux qui puisse durer. X se demande souvent quelle est cette \u00e9trange ironie du destin qui fait que nombre de son entourage est en relation s\u00e9rieuse alors qu&rsquo;il aurait plut\u00f4t l&rsquo;impression qu&rsquo;en moyenne, les jeunes de son \u00e2ge papillonnent de relations en relations, peut-\u00eatre par peur de l&rsquo;engagement. Pour ne rien arranger, les messages d&rsquo;amour fleurissent sur Facebook, entre \u00ab\u00a0mon ch\u00e9rie\u00a0\u00bb par ci et\u00a0 \u00ab\u00a0mon week-end en amoureux\u00a0\u00bb par l\u00e0. Sans compter les photos que X ne peut s&#8217;emp\u00eacher de parcourir avec une certaine amertume.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ont tous l&rsquo;air tellement heureux. Lui aussi, il n&rsquo;y a pas si longtemps, il respirait le bonheur. D&rsquo;ailleurs, ses amis jureraient que c&rsquo;est toujours le cas, X en est certain. Mais X se pose \u00e0 nouveau plein de questions. Les bonnes vieilles habitudes reprennent le dessus. \u00c9tait-il vraiment heureux tout ce temps ? Multiplier les activit\u00e9s n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9sagr\u00e9able pourtant. Cela lui a permis de s&rsquo;a\u00e9rer l&rsquo;esprit et faire de nouvelles rencontres. Mais o\u00f9 sont-elles aujourd&rsquo;hui ces nouvelles t\u00eates ? X se rend compte de la superficialit\u00e9 de ce genre de relations. Ce ne sont pas ces personnes qui viendront prendre de ses nouvelles cet \u00e9t\u00e9. Quant \u00e0 ces week-ends qu&rsquo;il fallait absolument remplir, cela le rendait plus malheureux qu&rsquo;autre chose. X s&rsquo;en veut tellement, car finalement, personne ne lui a mis le couteau sous la gorge pour le forcer \u00e0 se d\u00e9poussi\u00e9rer les os. Personne en particulier du moins. Mais tout le monde en g\u00e9n\u00e9ral. Ce monde qui ne vit d\u00e9sormais que par l&rsquo;apparence qu&rsquo;il donne de sa vie, une vie qui doit \u00eatre conforme \u00e0 la norme. Il faut \u00eatre dynamique, sortir, faire des activit\u00e9s, avoir un cercle d&rsquo;amis mais aussi un cercle de connaissances, le plus important, celui qui permet de multiplier les \u00ab\u00a0Friends Request\u00a0\u00bb sur Facebook ou d&rsquo;autres r\u00e9seaux sociaux. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne rend X totalement malade. Pour en arriver \u00e0 avoir honte de passer son week-end chez soi, m\u00eame en \u00e9tant actif, c&rsquo;est que le malaise est vraiment profond. Mais que faire contre cette vague qui emporte la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re. S&rsquo;en rend-t-elle seulement compte ? X se met \u00e0 maudire ce nouveau culte de l&rsquo;apparence, ou plut\u00f4t du succ\u00e8s, de sa vie professionnelle et surtout extra-professionnelle. Alors, que doit-il faire ? Comment agir et dire stop \u00e0 tout cette mascarade ? X r\u00e9fl\u00e9chit profond\u00e9ment, mais le fruit de ses r\u00e9flexions est succinct. S&rsquo;il promet de ne plus se forcer \u00e0 faire des choses pour sembler dans la norme et appara\u00eetre convenablement aux yeux des autres, il ne peut se permettre de sortir totalement de la vague qui l&#8217;emporte malgr\u00e9 lui. Ce serait se tirer une balle dans le pied. X va sur Facebook, tombe sur deux trois niaiseries d&rsquo;amoureux et quelques photos d&rsquo;une soir\u00e9e o\u00f9 tout le monde \u00e0 l&rsquo;air si joyeux. Ce serait facile d&rsquo;effacer son compte et d&rsquo;envoyer le syst\u00e8me se faire foutre. Mais finalement, X va faire comme tout le monde, mentir, enjoliver, faire l&rsquo;hypocrite. Jouer le jeu. X s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 passer un mois de juillet merveilleux, et dans quelques heures, tous ses \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb seront au courant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Premier \u00e9pisode de la saga des Speedwriting en cette ann\u00e9e 2009. ******************************************* En ce dimanche, X n&rsquo;a pas envie de sortir de chez lui. 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